Parce que les enjeux des acteurs peuvent paraître obscurs mais aussi parce que tout va désormais très vite, un survol des principes en somme très simples, n’est sans doute pas superflu. Tout ce qu’il faut garder à l’esprit pour analyser l’inéxorable numérisation de l’industrie culturelle !
Les termes et expressions en gras renvoient aux thèmes incontournables de notre sujet et sont tous intimement liés.
Biens culturels, produits culturels, contenus … mais de quoi parlons nous ?
Un bien culturel dans l’absolu, c’est simple : c’est quelque chose qui donne corps à de la culture et qui la véhicule.
Et la culture alors ? Si l’on se restreint à la vision la plus stricte qui soit, c’est avant toute chose, de l’information que nos cerveaux décortiquent, mais attention : non sans émotion ni indifférence. Qui dit information dit immatériel, ce qui fait qu’il n’est pas forcément aisé d’appréhender le monde des biens culturels ; les juristes peuvent en témoigner. Il faut bien insister sur l’aspect émotionnel de la culture qui se libère le temps d’une expérience au contact avec son incarnation physique : son support.
Pour qu’un bien soit culturel dans notre blog, il faut qu’il ait la vocation, comme le souhaite son créateur, à générer une expérience propice à …l’éveil de l’âme, comme dirait le philosophe. Il faut que ce bien culturel soit pourvoyeur de belles émotions !
Mais trève de réflexion pseudo métaphysique. Concrètement, les biens culturels (appelés aussi contenus ou produits s’ils s’inscrivent dans un marché) qui seront suceptibles de nous intéresser seront rattachés à la liste non exhaustive suivante :
- Bien culturel pictural (peintures et dessin, photographie…) : surface papier, cadres et formats numériques
- Bien culturel cinématographique (bobine, VHS, DVD et du numérique…)
- Bien culturel écrit : papier, livres numérique
- Bien culturel vidéoludique : format numérique
- Bien culturel musical : partitions, supports audios en tout genre : cassettes, vinyles, CDs, et autres formats numériques .Encore et toujours le numérique ! Serait-ce une révolution ?
A toute diffusion, rétribution !
Quitte à paraître trivial, partons de là où tout commence toujours : l’acte de créer. Une œuvre (surtout pour être de qualité) nécessite un effort, du travail. En contrepartie, le créateur attend une rétribution lorsqu’il décide de la diffuser à autrui. La nature de cette rétribution est variable selon les cas : il peut s’agir en effet d’une forme de reconnaissance, le plaisir de constater l’effet positif de son œuvre sur le public (la satisfaction du partage…). Il s’agit aussi, et c’est sans doute ce qui nous est le plus intuitif (hélas ?), d’une rémunération pure et simple : tout travail ne mérite-t-il pas salaire si on en croit l’adage ?
« Tu n’as pas lu le dernier roman ? Attends, il faut que je te le raconte ! »
De tout temps les hommes se sont transmis et échangés successivement ne serait-ce qu’oralement des récits, des airs de musique etc…. Pour prendre un exemple, les grandes traditions orales d’antan, et Homère ne le renierait certainement pas, s’appuyaient parfaitement sur cette très forte propension qu’ont les hommes à partager les œuvres qui les ont touchés.
Venons en au fait : la culture est volatile ! Ce n’est pas une loi mais cela s’en rapproche quand même : un esprit ayant goûté à l’expérience d’un film, d’une musique, d’une toile, d’un récit ou de tout autre bien culturel aura souvent très envie de le faire partager avec d’autres individus, que ce soit par le bouche à oreille ou bien par la circulation des supports… L’homme est un animal grégaire, se plait à dire le philosophe (encore lui) et un tel comportement en est selon moi une jolie illustration.
Problème cependant pour le créateur en quète de rétribution : une fois partagé avec un tiers, il est ainsi difficile (certains pays tentent la chose, hélas) de contrôler totalement le cycle du partage du contenu de l’œuvre. La notion de propriété de l’œuvre doit donc tenir compte de cette volatilité, ce qui déjà lui pose une sérieux défi structurel.
Des supports physiques pour les contenus certes, mais que cela implique-t-il?
Un support a pour vocation première de stocker un contenu avant même de le diffuser. Le stockage permet de conserver à l’identique la nature de l’œuvre via un codage ou un format particulier. Ainsi, un récit sera codé sous forme de lettres, de mots et de phrases, tout comme une musique peut l’être sous forme de notes inscrites sur une partition ou de millions de 0 et 1 sur un CD.
Ceci dit, plaçons nous du côté d’un créateur naïf : «j’ai créé, je veux maintenant diffuser pour me faire connaître et pour en vivre » nous clame-t-il fièrement.
- «C’est très simple, pourrait-on lui répondre, il te suffit « juste » de trouver des supports où l’on code à l’identique ladite œuvre afin qu’il n’y ait pas d’altération et pour qu’on ne te juge pas sur ce que tu n’as pas produit. Le nombre de supports que tu vas diffuser dépendra du succès que tu auras, c'est-à-dire de ce que d’autres appellent la demande future ; et il va t’en falloir du temps et de l’énergie pour créer le lien avec cette demande, voire même pour promouvoir ton travail dans le but de la dynamiser !
Ce n’est pas fini, il te faut aussi des moyens financiers adaptés à la nature de ton support pour diffuser ton œuvre ! Diffuser un livre ou encore un CD à des milliers d’exemplaires seulement, c’est déjà très cher !»
Bref vous le savez déjà, un créateur est traditionnellement dépendant de deux autres types d’acteurs (en pratique, ils sont souvent confondus) taillés pour ces deux business : le producteur ainsi que le distributeur (voire le détaillant)…
…à moins que l’ère du numérique qui s’installe confortablement aujourd’hui ne soit en mesure de changer la donne…à suivre…